GUERRES DE LIBERATION (1813)
BLÜCHER, SUR LE CHAMP, AU COMBAT
Als Blücher auf dem Feld der Schlacht
Blücher, en 5 poèmes
(1813 – 1819)
5 poèmes de Friedrich Rückert
I
1. Blücher, sur le champ, au combat,
Fort puissamment discute.
Et le Seigneur Dieu, de son bras,
Préside la dispute.
Les Anglais pour cela,
Selon coutume et droit,
Le firent Docteur en droit !
2. Docteur au rang de chevalier :
L’épée était ta plume,
La guerre était ton art premier,
Le combat ta tribune.
Tu poses devant l’ennemi
La force, argument infini :
Tu es docteur en droit !
3. Continue, Blücher, le procès
Qu’avec lui tu engages.
Par le canon, avec succès,
Achève ton ouvrage.
Enseigne le droit allemand
A ces Français, en les battant
Blücher, grand docteur en droit !
II
1. Quand Blücher, le vieux, et Wellington
En vainqueurs se rencontrèrent,
Les deux se connaissaient déjà
Par leurs succès de guerre.
Blücher à Wellington parla :
« Jeune héros, par l’âge,
Mais vieux par la ruse et l’éclat,
Comme moi au gris pelage ! »
2. A Blücher Welligton répond :
“Héros aux vertus fortes,
Gris, certes, sont tes cheveux blonds,
Grand le cœur qui te porte ! »
Alors le jeune homme et le vieux
Tendent leurs mains, les serrent,
Se demandant si sous les cieux
Deux autres font la paire.
III
1. Quand Blücher en voiture
A travers Londres va,
Une foule en délire
Se presse sur ses pas.
2. Pour l’honorer à l’aise
Tous lui pressent le bras,
Tout un chacun lui baise
La main de haut en bas.
3. Ils montent et descendent
Et passent sur sa main,
Le dos et les phalanges,
Et sur le gant, sans fin.
4. Alors, dit le vieux reître,
Si sans cesse il en vient,
Va-t-en savoir, peut-être
Que j’y perdrai la main !
5. D’ici qu’on me la brise
A force de l’user :
Dans un cas de surprise,
Pourrai-je en disposer ?
6. Alors il mit en place,
Toute en cuir, une main,
Pour qu’on vienne et s’y casse
Les dents sur peau de daim.
7. Tous voient que se balance
Au carrosse une main,
L’embrassent tous en transe
Et n’y voient rien enfin.
8. Pourtant quelqu’un remarque
Que bien molle est la main,
Un plum-pudding de marque,
Moins dure qu’un boudin !
9. « Goddam », à l’assistance,
« Comment put cette main
Tenir un sabre en France,
Gagner la guerre enfin ? »
IV
1. Arrivent, par la flamme
Du Feldmarschall prussien
Attirées, bien des dames,
Qui le trouvent très bien.
2. Au maréchal demandent
Quelque un de ses cheveux,
Pour le mettre à leur bande,
Au cou, là c’est le mieux.
3. Alors il se découvre
Le chef de son chapeau,
Et montre que ses boucles
Sont allées à vau-l’eau.
4. « Pardon, mes belles dames,
Pour mes cheveux tout blancs.
Mais d’autres belles âmes
Sont passées bien avant,
5. Qui me chipaient mes boucles,
Pour elles se battaient,
Les baisaient de leur bouche :
Tout blond alors j’étais !
6. Mais les années de guerre
Me les ont enlevées.
Je garde les dernières,
Si l’on veut m’honorer,
7. Chez moi, en Allemagne,
D’un cercle de lauriers :
Que sur ma tête ils tiennent,
Au lieu de s’envoler ! »
V
(Blücher mourut à 77 ans, le 12 septembre 1819)
1. « Mon Dieu, je vais au rendez-vous
Du vieux héros de gloire
Que j’ai suivi des yeux partout,
Dans toutes mes victoires.
2. J’ai vu sa vitesse d’éclair
Dans toute s ses batailles ;
Pour moi, maintenant tout est clair :
Il est là, il faut que j’aille.
3. Je m’étais dit : il n’est pas là,
Il est encor sur terre.
Il est monté depuis le bas,
D’un bond : il faut le faire !
4. Il a franchi, droit devant lui,
Tranchée, fascine et fosse .
Il a sauté la tombe et fui,
Pour prendre ici sa place ! »
5. Le vieux Fritz, installé au ciel,
Voit Blücher et se lève.
Il marche à lui, il semble heureux :
Non, ce n’est pas un rêve.
6. Mais Blücher passe devant lui,
En selle sur sa bête,
Salue de son épée pointue,
Sans détourner la tête.
7. Il passe devant le vieux roi
A cheval, se dirige
Au pas, vers le trône, tout droit,
De la reine Louise.
8. Il offre son premier salut
A Louise, sa reine,
Plie devant elle le genou,
Gracieuse souveraine.
9. Puis il lui fait tout le récit
Des vœux que lui adressent
Le roi de Prusse, son mari,
Et ses enfants, qui restent.
10. Avec douceur le remercie
La reine. Et Blücher va
Vers le grand Fritz, d’un pas précis,
Le grand ancêtre de son roi.
Texte : 5 poèmes sur Blücher
de Friedrich Rückert
I. Als Blücher auf dem Feld der Schlacht
II. Als Blücher, der Held, und Wellington
III. Als Blücher durch die Strassen
IV. Da kamen, von dem Namen
V. « Bei Gott, ich mich zum Empfang
dans Theodor Echtermeyer
Auswahl deutscher Gedichte
für höhere Schulen
Halle 1903, Seite 320
Fr: Yves Kéler, 17.7.2010
Draguignan









